Citoyenneté numérique : pour un engagement responsable sur les réseaux sociaux
La transformation numérique des sociétés contemporaines a profondément reconfiguré les modalités de production, de circulation et d’appropriation de l’information, ainsi que les formes d’engagement citoyen. Les réseaux sociaux numériques apparaissent désormais comme des arènes centrales de participation politique et sociale, en particulier pour les jeunes générations, contribuant à l’émergence de nouvelles pratiques d’expression, de mobilisation et d’interaction. Dans le champ des sciences politiques et des sciences de la communication, plusieurs travaux ont mis en évidence cette reconfiguration des dynamiques participatives. À cet égard, W. Lance Bennett et Alexandra Segerberg (2012) développent le concept d’« action connective », qui désigne des formes de mobilisation reposant moins sur des structures organisationnelles hiérarchisées que sur des réseaux numériques flexibles, favorisant une individualisation de l’engagement. Dans une perspective complémentaire, Manuel Castells (2009 ; 2012) analyse l’émergence d’une « société en réseaux » où les technologies de l’information jouent un rôle structurant dans la formation de contre-pouvoirs et de mouvements sociaux transnationaux. Toutefois, cette reconfiguration s’accompagne de tensions et de risques significatifs pour la qualité du débat public et le fonctionnement démocratique. La littérature met notamment en lumière les effets de la désinformation et des « fake news » sur les opinions publiques. À ce titre, les travaux de Hunt Allcott et Matthew Gentzkow (2017) montrent que la diffusion massive de contenus trompeurs sur les réseaux sociaux peut altérer les processus de formation des préférences politiques. Par ailleurs, les phénomènes de polarisation, de chambres d’écho et de manipulation algorithmique contribuent à fragmenter l’espace public numérique et à affaiblir les conditions d’un débat informé et pluraliste. En outre, les usages numériques soulèvent des enjeux normatifs liés aux comportements en ligne, tels que la prolifération des discours de haine, le cyberharcèlement, ou encore les atteintes à la vie privée. Ces dérives interrogent les fondements éthiques de la participation en ligne et mettent en évidence la nécessité de développer des compétences spécifiques chez les usagers. C’est dans ce contexte que s’impose le concept de citoyenneté numérique, entendu comme l’ensemble des pratiques, des compétences et des valeurs permettant une utilisation responsable, critique et éthique des technologies numériques. Selon les cadres normatifs promus par UNESCO, notamment à travers l’éducation aux médias et à l’information (EMI), le développement de l’esprit critique, la capacité de vérification des sources et l’adoption de comportements respectueux constituent des leviers essentiels pour renforcer la résilience des sociétés face aux dérives informationnelles. Ainsi, l’enjeu n’est plus uniquement l’accès aux technologies, mais la capacité à en faire un usage éclairé et responsable. Dans des contextes où les jeunes constituent une part importante des utilisateurs des réseaux sociaux, le renforcement des compétences en citoyenneté numérique apparaît comme une priorité stratégique pour favoriser un engagement constructif, inclusif et respectueux des normes démocratiques. C’est dans cette perspective que le LASPAD, en partenariat avec le Gorée Institut, organise une session de formation à Saint-Louis.
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Informations
Citoyenneté numérique : pour un engagement respon…
Date
15 mai 2026
08h30 — 13h30
Capacité